SEINS VIDÉS APRÈS UNE GROSSESSE OU UN AMAIGRISSEMENT

En résumé

  • De quoi il s’agit : Après une grossesse ou un amaigrissement, le sein garde son enveloppe et perd son contenu
  • Ce qui l’explique : La grossesse elle-même, plus que l’allaitement
  • Les options : Graisse, implant ou lifting
  • À savoir : Attendre le sevrage complet plus 3 à 6 mois, ou un poids stable depuis 6 à 12 mois, avant de décider

Ce que l'allaitement fait, et ce qu'on lui reproche à tort

L’enveloppe est restée, le contenu est parti. C’est ce que les patientes appellent un sein vidé, et c’est exactement ce que l’on voit.

C’est la première chose qu’on entend en consultation : l’allaitement aurait tout fait. Les travaux publiés sur le sujet désignent plutôt la grossesse elle-même, avec le gonflement de la glande puis son involution après l’accouchement. L’allaitement ajoute peu à ce mouvement, et une femme qui n’allaite pas voit sa poitrine changer aussi.

Cela ne change rien au traitement, mais cela change quelque chose à la culpabilité, et cela vaut la peine d’être dit.

Le mécanisme est le même après un amaigrissement, sur un autre tissu. Le sein contient de la glande et de la graisse, dans des proportions variables selon les femmes. Une perte de poids importante vide la part graisseuse, et une poitrine à dominante graisseuse se vide beaucoup plus qu’une poitrine à dominante glandulaire. C’est pourquoi deux femmes qui perdent le même nombre de kilos ne perdent pas la même poitrine.

Le haut du sein d’abord

Le vidage ne se répartit pas uniformément. Il commence par le pôle supérieur, la zone qui remplit le décolleté et qui donne au sein sa rondeur quand on est habillée. Le bas garde plus longtemps sa matière.

D’où l’aspect caractéristique : un sein qui paraît plat sous la clavicule, plein en dessous, avec une aréole qui a glissé vers le bas et un soutien-gorge qui bâille en haut alors que le bonnet est rempli. La formule qui revient le plus souvent en consultation est qu’il n’y a plus rien qui tient le haut, et elle décrit mieux la chose que le terme médical.

Six à douze mois avant de décider

Ce délai conditionne la tenue du résultat, et c’est la seule raison pour laquelle j’y tiens.

Après un accouchement, la poitrine met plusieurs mois à revenir à son état de base, et le sevrage ajoute encore des semaines. Opérer trop tôt revient à dessiner sur une forme qui va encore changer. Le repère utile est le sevrage complet, plus trois à six mois.

Après un amaigrissement, quelle qu’en soit la cause, y compris un traitement médicamenteux, le repère est un poids stable depuis six à douze mois. Une perte encore en cours continue de vider le sein ; un implant posé aujourd’hui se retrouverait dans une enveloppe plus grande l’an prochain, et une greffe de graisse suppose d’avoir encore des zones donneuses.

Si vous prenez un traitement amaigrissant injectable, signalez-le dès la première consultation. Ces médicaments ralentissent la vidange de l’estomac et demandent une conduite d’arrêt précise avant une anesthésie générale, que l’anesthésiste vous indiquera. Rien qui empêche d’opérer, à condition de le savoir à l’avance.

Ce délai est aussi le moment où l’on voit ce qui va effectivement rester. Une poitrine qui paraît catastrophique trois mois après le sevrage ne ressemble pas à ce qu’elle sera un an après.

LE DÉCOLLETÉ AVANT LE RESTE

Le lipofilling

Il répond bien à ce problème précis, parce que le sein vidé demande souvent du volume au bon endroit plutôt que beaucoup de volume. La graisse déposée dans le pôle supérieur restaure la rondeur du décolleté, et le prélèvement se fait sur les zones qui ont, elles, gardé leur réserve.

Sa limite est double : une partie de la greffe ne prend pas, ce qui conduit parfois à une seconde séance, et il faut avoir de la graisse à prendre. Après un amaigrissement massif, ce n’est pas toujours le cas.

L’implant

Il donne un volume franc et immédiat, indépendant de ce que votre corps fera d’une greffe. C’est la voie des poitrines très vidées, et de celles qui souhaitent retrouver plus que ce qu’elles avaient.

Sa limite tient à l’enveloppe. Un implant posé dans une peau distendue remplit sans remonter, et le sein paraît alors bas et rempli par le dessous.

Le lifting, avec ou sans volume

Quand l’aréole est descendue et que la peau est en excès, aucun remplissage seul ne suffit. Il faut retirer de la peau, remonter la glande et repositionner l’aréole, en ajoutant ou non du volume selon ce qui reste. C’est la situation la plus fréquente après deux ou trois grossesses.

La comparaison entre l’implant et la graisse, avec les trois mesures qui la décident, est développée sur la page consacrée à l’augmentation du volume des seins.

UN CORPS ENTIER, PAS SEULEMENT UNE POITRINE

Une femme qui vient pour des seins vidés après une grossesse ou une perte de poids importante a presque toujours autre chose à dire dans la même consultation : un ventre dont la peau ne s’est pas rétractée, des bras, un écartement des muscles abdominaux.

Ces demandes se traitent, mais pas toutes en même temps ni dans n’importe quel ordre. Une abdominoplastie et une chirurgie mammaire dans le même temps opératoire allongent l’intervention et la récupération de façon qui n’est pas anodine. Nous en discutons en établissant une séquence sur douze à dix-huit mois, en commençant par ce qui vous gêne le plus.

Lorsque plusieurs zones du corps ont changé après un amaigrissement important, la page consacrée à l’ordre des corrections explique comment les organiser.

LE TISSU ÉLASTIQUE, LUI, NE SE RECONSTITUE PAS

Elle ne rend pas la poitrine d’avant. Elle donne une poitrine différente, remplie et repositionnée, avec des cicatrices s’il a fallu retirer de la peau. La qualité de la peau, elle, ne redevient pas celle d’avant les grossesses : le tissu élastique qui a été distendu ne se reconstitue pas.

Une patiente qui sait cela avant d’entrer au bloc reçoit le résultat pour ce qu’il est. Une patiente qui attendait un retour en arrière trouve le même résultat convenable et l’annonce comme une déception. C’est la raison pour laquelle je consacre du temps à cette phrase en consultation.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Le sein reviendra-t-il tout seul si j’attends ?
Partiellement, dans les mois qui suivent le sevrage. Ce qui est récupérable l’est en général dans l’année. Au-delà, l’aspect ne bouge plus beaucoup.

Les crèmes et les massages servent-ils à quelque chose ?
Sur la souplesse et le confort de la peau, oui. Sur le volume et la position du sein, non. Aucune application locale ne remplace un tissu glandulaire qui a involué.

Puis-je faire remplir sans implant et sans cicatrice ?
Le lipofilling y répond, à condition que l’aréole soit encore bien placée et que la peau ne soit pas en excès. Les incisions du lipofilling sont des points de quelques millimètres.

Combien de séances de lipofilling faut-il prévoir ?
Une, souvent deux. On ne le sait qu’après avoir vu ce que la première greffe a donné, à trois ou quatre mois.

Faut-il attendre d’avoir fini d’avoir des enfants ?
Si un projet existe à court terme, oui, sans hésiter. Sinon, on opère en sachant qu’une grossesse ultérieure modifiera le résultat.

Un traitement amaigrissant en cours empêche-t-il d’opérer ?
Il ne l’interdit pas, mais on n’opère pas pendant une phase de perte active. Le repère reste le même que pour toute autre cause d’amaigrissement : un palier tenu six à douze mois.

Parlons-en en consultation

On examine, on explique, on décide ensemble. Rien ne se fait le jour même.

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